Le lâcher prise

Lâche prise… on entend souvent cela dans le monde du développement personnel.

Quand nous avons une émotion de colère, par exemple ou des pensées qui tournent en boucle, il se trouve souvent quelqu’un pour nous dire « lâche prise » … »laisse tomber »… »passe à autre chose »…quand ce n’est pas nous-même, qui nous lançons cette injonction. Nous savons que quelque part, nous sommes accroché à un ressentiment ou à une peur et que tout notre mental est focalisé là dessus. Nous serions Ok pour lâcher prise …si seulement nous le pouvions. Mais voilà, plus nous essayons de lâcher prise plus notre mental revient au galop nous envahir des mêmes pensées, des mêmes émotions.

Cette injonction de lâcher prise génère une lutte en nous. Elle ajoute de la tension à la tension déjà présente. Nous luttons contre nous-même. Nous luttons contre nos pensées et nos émotions. Nous essayons de les maintenir à distance, nous rêvons de les voir se dissoudre. Nous essayons même de sortir, faire du sport, écouter de la musique relaxante, voir des amis….pour tenter de lâcher. Parfois ça marche…un moment seulement…car nous savons que ce n’est que partie remise. Il y a même des formations pour apprendre à lâcher prise… des formations pour lutter contre nous-même et essayer de gagner cette guerre. Alors arrivent les : « je dois lâcher prise »… « ça ira mieux quand j’aurai lâcher prise »… et on cherche des trucs, des techniques.

Mais si notre mental est accro à ces pensées et à ces émotions désagréables, à ces angoisses même, c’est qu’il a ses raisons, même si nous ne les connaissons pas. Ce sont des mémoires qui se sont activées dans notre monde intérieur en créant des alertes puissantes dans nos pensées, comme des feux qui n’arrêtent pas de clignoter. Ces feux incessants nous avertissent que, ce qui se passe dans notre présent ou ce que nous pensons qui risque d’arriver, réveillent en nous des mémoires profondes d’injustices ou de peurs. Il ne sert à rien de vouloir les fuir. Il ne sert à rien de les nier car à la prochaine occasion cela va recommencer.

Alors plutôt que de lutter contre, posons-nous quelques instants avec nous-même, respirons doucement et en conscience, reconnaissons ce qui se passe en nous.

Revenons dans notre cœur et accueillons avec compassion ce qui se passe là maintement en nous. Même si c’est désagréable, même si cela nous fait peur, posons-nous, respirons et accueillons avec douceur. Nous sommes capable de dire Oui à ce que nous ressentons, oui à ces pensées de colères ou d’angoisse. Oui ne veut pas dire « je suis d’accord avec ça » , oui ne veut pas dire « c’est super », oui ne veut pas dire « pourvu que ça dure longtemps ». Oui veut dire « c’est ainsi pour moi dans l’instant présent, c’est ce que je ressens, je ne peux pas le nier, c’est là ». Disons cela avec amour pour nous-même, avec douceur, avec compassion, avec le regard de tendresse d’une mère pour son enfant turbulent. Et là déjà, la lutte va s’arrêter d’elle-même. Continuons à dire oui et nos émotions vont se détendre, mettons beaucoup de douceur et de tendresse sur ce qui se passe en nous et nos émotions vont s’apaiser petit à petit. Nos pensées vont se calmer.

Il est possible que quelques temps après, notre mental revienne au galop, accueillons-le avec le sourire. Plus nous dirons Oui à ce qui est là, avec compassion, plus tous nos systèmes vont se calmer, s’apaiser, se détendre. Plus nous revenons dans notre cœur avec un regard bienveillant sur ce qui se passe en nous, plus ces feux clignotants vont s’arrêter les uns après les autres. Nos systèmes vont se sécuriser et le calme va revenir. C’est par la conscience, l’accueil, la bienveillance que ces pensées qui tournaient en boucles, ces émotions qui nous étreignaient, vont pouvoir se détendre, s’apaiser….et nous pourrons constater que nous avons lâcher prise… sans le chercher.

S’aimer

S’aimer, vaste sujet…

En fait, nous nous aimons comme nos parents nous ont aimés, comme nos éducateurs nous ont aimés, comme la société nous aime. C’est ainsi que nous connaissons l’amour, l’amour sous conditions.

Nous rêvons du grand amour mais quelque part intérieurement, nous croyons ne pas le mériter puisque nous ne l’avons pas connu dans notre enfance. Nos parents nous ont aimés à condition de remplir leurs attentes, nos éducateurs nous ont aimés à condition de réussir et la société nous aime si nous sommes capables de travailler, de consommer et d’avoir les mêmes idées que tout le monde.

Est-ce comme ça que nous souhaitons nous aimer? Non bien sûr et pourtant, c’est exactement comme ça que nous nous aimons. Nous nous aimons quand nous réussissons à coller à l’image idéale que nous avons construite de nous-même : un idéal de femme, un idéal d’épouse, un idéal de mère, un idéal professionnel, un idéal amical… Dès que nous échouons ou que nous sommes malades ou tristes ou angoissés nous ne nous aimons plus, nous nous rejetons. Nous avons hâte de revenir à cet idéal fictif que nous nous sommes construit sous la pression de notre éducation et de la société. Dès nous n’arrivons pas à réaliser nos rêves, nous nous dévalorisons. Nous sommes terriblement exigeants vis à vis de nous même. Nous sommes pleins de : « je dois » … « il faut »… « allez, vas-y »… »fait des efforts »… »je veux avancer »… »je dois dissoudre ma négativité »…Nous sommes pleins de projections sur nous-mêmes qui nous empêchent de nous aimer tels que nous sommes. Nous sommes toujours sur notre dos, ce n’est jamais assez bien, jamais assez réussi. Nous nous jugeons sans cesse. Nous devons toujours nous améliorer et quand nous réussissons quelque chose, nous oublions de nous féliciter. C’est ainsi que nous avons appris l’amour! L’amour sous conditions.

Alors s’aimer c’est tout un travail. C’est toute une déconstruction de ce que nous avons intégré depuis des siècles et des siècles sur Terre. S’aimer c’est s’accueillir tel que nous sommes dans le moment présent. C’est être doux et bienveillant avec soi, surtout quand cela ne va pas très fort. C’est lâcher cet idéal construit par nos croyances et par nos peurs. C’est accepter d’être tels que nous sommes, sachant que nos rêves se réaliseront seulement dans l’amour et la bienveillance pour soi. C’est aimer ses talents et accueillir avec douceur ce qui les empêche de s’exprimer. Car c’est l’amour qui guérit, c’est l’amour qui lève les obstacles. C’est l’amour de soi la seule réussite au monde. Nous ne pouvons aimer l’autre et les autres, qu’à la hauteur de l’amour de nous-même, jamais plus. Nous ne pouvons accueillir l’autre tel qu’il est que si nous savons nous accueillir nous-même.

Alors cela se fait petit à petit, en conscience. C’est un travail de tous les jours et nous sommes capables de le faire.

Etre fidèle à soi

Etre fidèle à soi, ne pas s’abandonner, ne pas se trahir soi-même…cela peut paraitre évident…et pourtant. Combien de fois avons-nous fait passer les besoins des autres avant les nôtres? Combien de fois avons-nous eu peur d’exprimer nos besoins? Avons-nous même conscience de nos besoins? Souvent nous les fuyons, nous les nions, nous les effaçons de notre tête par peur de paraitre ridicule, par peur de déplaire, par peur d’être jugée.

Souvent nos besoins cachés ne sont pas dans l’air du temps : besoin de silence, de solitude, de respirer quand tout le monde fait la fête; besoin de crier, de pleurer quand chacun essaie de contrôler ses émotions; besoin de danser, de chanter, de rire quand certains pensent que c’est du sérieux; besoin de se reposer, de ne rien faire quand la mode est à l’action; besoin de ne pas aller bien quand la dépression est une honte.

Combien de fois par jour nous demandons-nous : de quoi j’ai besoin là dans l’instant? Combien de fois par jour avons-nous cette bienveillance envers nous-même? Nous avons souvent peur de nos besoins car ils nous rendent différents des autres, ils peuvent montrer nos faiblesses. Nous avons peur de nos besoins car ils nous obligent. Ils nous obligent à en prendre soin, à prendre soin de nous, nous-même. Nous ne sommes plus des bébés, nous avons à prendre en charge nos propres besoins. Les autres ne sont pas là pour ça. C’est cela l’autonomie, prendre soin de ses besoins, prendre soin de soi.

Et puis il y a nos désirs. Parfois dans nos périodes de flottements, dans nos périodes plus sombres, nous ne les reconnaissons plus. Où sont-ils? Ils semblent avoir disparu sous une montagne de doutes, de résignations, de fatigues, d’à quoi bon. Alors, nous pouvons nous poser quelques instants, nous poser là où nous sommes, avec simplicité, nous pouvons revenir vers nous, écouter notre respiration, juste cela, écouter notre respiration quelques instants, revenir dans notre ventre, laisser notre vendre bouger à chaque respiration s’il en a envie, et s’il ne veut pas bouger rester dans notre ventre et écouter notre respiration, et voilà c’est tout, nous y sommes, nous sommes reliés à nous-même. C’est simple, facile, tout le monde peut le faire…mais…le ferez-vous? Avez-vous envie de vous relier à vous-même ou passez-vous votre temps à vous fuir?

Une fois reliée à soi, je vous donne une astuce pour prendre conscience de vos désirs : restez dans votre ventre et dites lentement à voix haute : j’efface mon passé… j’efface mon avenir…quel est mon plus grand désir là maintenant? Et laissez venir une sensation, une émotion, une image. Puis sans vouloir l’interpréter, mettez-la dans votre coeur et laissez-la s’amplifier, résonner le plus longtemps possible. Puis notez ce que vous avez ressenti. Etre fidèle à soi, ce n’est pas vouloir tout de suite réaliser ses désirs mais c’est les connaitre, les reconnaitre, les chérir et trouver le premier petit pas qui vous amène sur leur chemin. Demain, vous continuerez de les chérir et vous ferez un deuxième petit pas sur ce chemin. Puis un troisième petit pas et là, la vie commencera à vous répondre. Plus vous serez à l’unisson de vos désirs plus la vie va vous aider, vous accompagner d’une façon ou d’une autre. Souvent ce ne sera pas de la façon dont vous l’aviez imaginé, restez ouvert… vous serez surpris. Et surtout, vous serez fidèle à qui vous êtes.

Une vision de la Vie et de notre vie

J’écoutais il y a peu de temps, un dialogue entre Frédéric Samnidhi(1) et Mathieu Christol(2) et celui-ci a résonné très fortement dans mon cœur, aussi je vous partage ma compréhension de ce qui s’est dit et mon émerveillement de cette vision. Pour ceux qui le souhaite cette interview est visible en intégralité sur le site(1). Vous pourrez, vous aussi, ressentir ce qui résonne pour vous.

Ce dialogue a attiré mon attention lorsque Frédéric Samnidhi a donné sa vision de la spiritualité : » la spiritualité est une réconciliation avec la vie ». Oui mais, ai-je pensé : la Vie avec un grand V ou notre vie humaine avec toutes ses imperfections et même toutes ses souffrances ? Sa vision n’opposait plus l’Esprit immuable, éternel ( le Soi) au relatif, à l’humanité. La spiritualité consiste à ne plus rien séparer. La Vie (la Conscience absolue) est cet espace immuable qui est l’arrière plan au sein duquel la vie s’écoule naturellement, sans enjeux.

La spiritualité n’est pas le lieu où fuir notre réalité humaine, au contraire elle permet de la laisser se vivre de façon fluide et simple. Elle nous invite à épouser totalement l’incarnation. Nous sommes la Conscience infinie qui goûte l’humanité à travers un corps physique et subtil, à travers des pensées, des émotions et des sensations. Nous sommes la Vie qui se vit à travers un corps. Nous sommes le point de rencontre entre l’absolu et le relatif. Le symbole de la croix représente cela parfaitement. L’Esprit immuable, éternel que nous sommes, représenté par la barre verticale, rencontre l’humanité de la barre horizontale et c’est dans ce point d’intersection que nous nous trouvons, tout entier dans ce point. C’est à ce moment là du dialogue que mon cœur s’est réjoui, comme une reconnaissance de ce qui est.

Ainsi nos émotions, nos pensées ne sont pas un un obstacle à la spiritualité, elles sont l’expression de la Vie. C’est la même Vie qui s’exprime à l’intérieur de nous et à l’extérieur de nous, il n’y a pas de séparation. La Vie nous traverse et crée notre vie. Notre travail consiste à la laisser être, à accepter que les choses soient comme elles sont, non pas dans la résignation mais dans l’accueil de ce qui se joue là en nous et autour de nous. Cet accueil de tout ce qui se vit, permet d’accueillir aussi les actions que la vie impulse en nous. C’est un Oui absolu à l’égard de la Vie qui s’exprime par notre vie.

Frédéric Samnidhi(1) enseignant spirituel – site www.parfum-eveil.com

Mathieu Christol(2) enseignant spirituel – site http://www.mathieuchristol.com

Comment agir de façon juste?

Chacun sera d’accord pour dire que nous ne pouvons agir qu’à partir du présent, donc de ce qui est présent. Présent autour de nous mais aussi et surtout présent en nous.

Etre conscient de l’émotion présente, suscitée par la situation que nous vivons, est la 1ère étape indispensable à une action juste.

Revenir à soi d’abord, reconnaitre que l’émotion vient de nous. Reconnaitre qu’elle est issue d’une mémoire réveillée par la situation et accepter cet état de fait, sans le juger, est la 2ème étape.

Prendre un temps avec soi, se poser, respirer avec cette émotion, y mettre de la paix, de l’amour pour l’apaiser, la libérer si c’est possible dans l’instant ou bien y revenir plus tard.

Puis agir à partir du calme, de la clareté, de la conscience de ce qui se joue réellement pour nous individuellement quand bien même la situation serait collective.

Ainsi l’action sera juste et son impact sur la situation sera réel pour tous.

Sinon, si on agit à partir de l’émotion, surtout si elle n’est pas consciente, nous sommes dans la réaction et non plus dans l’action. Nous réagissons le plus souvent pour fuir nos ressentis intérieurs, croyant les transformer, voir les supprimer. Et ce d’autant plus quand les actions sont collectives. Nous nous leurrons. Nous avons l’illusion d’une cause juste alors que nous nourrissons collectivement les mêmes émotions de peurs ou de colères intérieures. Le résultat est que ces émotions s’amplifient et que les actions sont au mieux comme un coup d’épée dans l’eau au pire elles alimentent ces émotions que nous cherchons à fuir.

C’est là tout le paradoxe : quand nous agissons en étant inconscient de nos émotions ou en les fuyant, nos actions, quelques soient nos bonnes intentions, viennent nourrir, alimenter ces émotions que nous refusons. Alors ces émotions grossissent à notre insu et finissent un jour par exploser.

Si à l’intérieur de nous, nous avons beaucoup de jugements sur nous même, alors nous passerons notre temps à critiquer la situation extérieure. Si à l’intérieur de nous, il y a un sentiment profond de manque de liberté alors nous projetterons ce manque sur la situation…etc. Si à l’intérieur de nous, face à la situation, nous pouvons trouver de la compassion pour nous même et pour ce qu’elle suscite en nous, alors nous serons capable de voir la situation avec un sentiment de calme, d’ouverture et nos actions seront justes.

Prendre la responsabilité de ses émotions est indispensable à une action juste et efficace individuellement et collectivement.