Plébiscité ou décrié, recherché ou refusé, le pardon est inscrit dans notre inconscient et chacun a son avis sur la question. Aujourd’hui, c’est un mot fourretout, usé par le temps, qui n’a plus guère de sens. Mais il revient parfois dans nos vies comme une interrogation dont on se passerait bien : est-ce que je dois pardonner?

Ceux qui préfèrent éluder la question du pardon, la considérer comme ringarde, dépassée ou signe d’une faiblesse, enfouissent dans leur inconscient la possibilité de comprendre le sens de leur vie et d’avancer vers plus de paix et de tranquillité en eux.
Ceux qui veulent à tout prix pardonner pour se débarrasser d’un problème, se faire croire qu’ils ont tourné la page rapidement, bloquent tout simplement le processus d’évolution que l’évènement pouvait leur permettre.
Cette notion de pardon est très chargée émotionnellement, elle crée dans notre inconscient une victime et un coupable. Elle juge qui est victime et qui est coupable et elle oblige la victime à renoncer à son sentiment d’injustice. Elle bloque toutes les émotions que l’évènement a suscitées chez la victime comme chez le coupable et elle nie les conséquences de l’évènement chez l’un comme chez l’autre.
Aujourd’hui, la vraie question à éclaircir est : c’est quoi pardonner? ça veut dire quoi aujourd’hui ?
Comme pour tout évènement qui nous arrive et nous heurte (ou nous a heurté dans notre enfance), le processus émotionnel est incontournable. Il s’agit d’accueillir nos émotions de colère, de tristesse, de peur. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur nos émotions. Nous avons à nous poser régulièrement et à prendre le temps de les accueillir, de les accepter, de les laisser circuler dans notre corps, autant de fois que nécessaire (bien sûr nous pouvons nous faire aider pour cela). Toutes nos émotions sont justes : la colère est aussi juste que la tristesse ou la peur.
Puis lorsque ces émotions sont acceptées, nous pouvons alors regarder les conséquences de cet évènement sur notre vie. Et de nouveau d’autres émotions vont surgir : le sentiment d’injustice, le ressentiment envers l’autre……à chaque fois que nous prendrons conscience d’une nouvelle conséquence sur notre vie, nous aurons de nouveau à accueillir les émotions qui vont se présenter. Plus l’évènement est important plus nous avons à prendre le temps de faire ce travail de reconnaissance et de libération de nos états intérieurs.
Il ne s’agit pas d’excuser, de justifier ou d’oublier quoi que ce soi. Il s’agit de nous occuper de nous, pas de l’autre. Ainsi, le pardon n’a rien avoir avec l’autre, ni avec les notions de victime ou coupable.
Il est d’ailleurs plus simple aujourd’hui de remplacer le mot pardon par : acceptation profonde.

C’est un cheminement de soi avec soi.
Plus nos émotions sont accueillies, plus notre regard se détourne naturellement de l’autre et plus le processus avance. Il n’y a rien à forcer, rien à exiger de soi, les choses se font en leur temps, quand nous sommes prêts.
C’est cela le processus, c’est accepter profondément d’avoir vécu ce que nous avons vécu (sans l’excuser ni le justifier et souvent sans le comprendre). Alors, pas à pas, le sens de l’évènement va pouvoir se dévoiler et s’inscrire dans notre vie de façon apaisée.
(Bien sûr ce processus n’empêche pas de porter plainte si la loi a été enfreinte. La loi a à être respectée.)









