
Relever le féminin blessé est l’expression qu’emploie très souvent Lise Côté, une québécoise inspirée et inspirante.
Elle parle ainsi non seulement des violences faites aux femmes mais également de la part féminine des hommes et des femmes, qui a été tellement dénigrée et rejetée, que l’humanité entière est comme amputée de la moitié d’elle-même.
Culturellement, nous confondons souvent féminin et femme, ainsi les violences faites aux femmes nous montre clairement combien le féminin est méprisé. C’est le masculin blessé de l’humanité qui veut encore soumettre le féminin, l’écraser ou le ridiculiser, en prenant le plus souvent les femmes pour cible. (statistiques INSEE : sur 200 000 agressions sexuelles chaque année en France, 80% sont commis sur des femmes)
Le masculin blessé se révèle à travers la glorification de la performance (physique, économique, politique…) et de la concurrence au détriment de la coopération et de l’entre-aide. Les valeurs féminines de l’intuition, du ressenti, de la douceur, n’ont aucun poids face à une rationalité sèche et froide. Et les femmes comme les hommes en sont victimes. La performance, la vitesse, la dureté et plus encore, créent un déséquilibre interne et externe.
En ce qui concerne l’inceste, le patriarcat, qui est la norme dans nos sociétés, nous rend incompréhensible ces viols vécus par tant d’enfants et principalement des petites filles ou de très jeunes filles. Il est impuissant face à cette barbarie qui nous semble d’un autre âge. Et pourtant les statistiques sont implacables, les agressions sexuelles sur mineurs sont majoritairement commises au sein des familles et de l’environnement proche des victimes. 160 000 enfants sont victimes d’inceste chaque année en France : 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 12 (enquête INSERM pour la Commission gouvernementale CIIVISE, 10% de la population adulte est concernée). Le silence qui les entoure montre bien le poids de l’enfermement dans lequel les victimes sont maintenues. Il est de bon ton d’être une battante, une « wonder woman », une femme libérée, mais par contre, être une femme victime d’inceste (ou un homme victime d’inceste), doit être tu, caché, dans une société dirigée par un patriarcat qui refuse de remettre en cause ses valeurs. Le silence de la société encourage le silence des familles qui impose le silence aux victimes. L’ordre patriarcal entretien l’immobilisme sociétal.
Pour relever le féminin blessé, nous avons besoin de paroles, de condamnation de la toute puissance masculine quelque soit le domaine où elle s’exerce. C’est un processus globale de changement de valeur de la société qui pourra arrêter les violences sexuelles. Il ne suffira pas de dénoncer quelques hommes pervers, il est indispensable de repenser la place du féminin dans le monde politique, économique, sportif, éducatif, etc… Les valeurs du féminin devront imprégner les hommes comme les femmes avant qu’on ne puisse arrêter ce fléau.

Nous avons aussi besoin d’actes où les victimes sont écoutées, protégées, soignées. C’est la société toute entière qui devrait inciter les femmes à parler et non pas les réseaux sociaux.
Il s’agit d’inverser le mouvement, d’informer les enfants que tous les adultes doivent respecter leur corps et leur intimité. Il s’agit de demander à toutes les femmes si elles ont subi des agressions sexuelles et si elles souhaitent un accompagnement. La société a besoin de cette grande transparence pour oser regarder les conséquences de valeurs masculines glorifiées, exagérées et dysfonctionnelles.
Relever le féminin blessé est un choix autant personnel que collectif.